Frais cachés
Recours collectif frais cachés : où ça en est
474 130 Québécois visés, règlement approuvé en 2024. Le point sur le recours collectif des frais cachés et ce que ça change pour vous.
Vous êtes assis dans le petit bureau du concessionnaire. Vous avez négocié le prix de l'auto, vous êtes content de vous. Puis le vendeur sort la feuille de calcul finale et là, des lignes apparaissent. Des « frais d'administration ». Des « frais de préparation ». Des « frais de transport et préparation ». Vous demandez c'est quoi. On vous répond, l'air détaché : « Ah ça, c'est obligatoire, monsieur. Tout le monde paie ça. »
Vous signez. Parce que vous êtes rendu là, parce que vous voulez votre char, parce que vous n'avez pas l'énergie de tout recommencer ailleurs. Et vous repartez avec ce petit doute désagréable dans le ventre : est-ce que je viens de me faire avoir ?
Réponse : oui. Et vous n'étiez pas seul. Vous étiez 474 130.
C'est le nombre de Québécois visés par le recours collectif frais cachés concessionnaire réglé devant la Cour supérieure du Québec. Presque un demi-million de personnes qui ont vécu exactement la même scène. Ce « c'est obligatoire » que personne ne questionne, c'était documenté, c'était systémique, et ç'a fini devant un juge.
On vous fait le point. Calmement. Avec les chiffres.
C'est quoi, ce recours collectif au juste
Un recours collectif, c'est quand un grand nombre de personnes qui ont subi le même tort se regroupent dans une seule poursuite, au lieu de courir chacun de son bord en cour des petites créances. C'est l'arme du citoyen ordinaire contre une pratique répandue : tout seul, votre 200 $ de frais douteux ne vaut pas la peine de se battre. Multipliez-le par 474 130 personnes, et là, ça pèse lourd.
Le recours collectif frais cachés concessionnaire dont on parle visait environ 150 concessionnaires du Québec — et certains marchands de véhicules d'occasion. Le reproche était simple : ajouter au prix annoncé des frais qui n'avaient pas d'affaire à être là.
Le règlement a été approuvé en octobre 2024 par le juge Lussier, à la Cour supérieure du Québec. Approuvé, ça veut dire que la cour a regardé l'entente entre les parties et a jugé qu'elle tenait la route. Ce n'est pas une rumeur de groupe Facebook. C'est une décision judiciaire.
Et le cœur du litige, retenez-le bien, parce que c'est lui qui vous protège encore aujourd'hui : le prix annoncé doit être le prix payable, tout inclus (sauf les taxes, qui s'ajoutent à la fin). C'est ce qu'on appelle la règle du prix tout inclus, prévue à l'article 224 c) de la Loi sur la protection du consommateur. Quand un commerçant affiche un prix, vous devez pouvoir payer ce prix-là. Pas ce prix-là plus une série de frais sortis du chapeau au moment de signer.
Qui est visé, et la fameuse période 2017-2022
Le recours vise les gens qui ont acheté pendant une fenêtre précise : de novembre 2017 à janvier 2022.
Si vous avez acheté un véhicule chez un des concessionnaires visés pendant cette période et qu'on vous a chargé des frais par-dessus le prix annoncé, vous faites potentiellement partie des 474 130 Québécois admissibles. Vous n'avez pas eu à lever la main, à remplir un formulaire à l'époque, ni à « vous inscrire » : dans un recours collectif, vous êtes automatiquement dans le groupe si vous correspondez à la définition, à moins de vous être exclu volontairement.
C'est ça qui est étourdissant quand on y pense. Presque un demi-million de personnes lésées de la même façon, par la même pratique, dans la même province, sur un peu plus de quatre ans. Ce n'est pas une poignée de mauvaises pommes. C'est un modèle d'affaires.
Le crédit de 75 $ : ce que vous touchez vraiment
Parlons argent, parce que c'est la première question de tout le monde.
Le règlement prévoit un crédit de 75 $ par personne admissible. Soyons honnêtes avec vous, parce que c'est notre job d'être honnêtes : 75 $, à côté de plusieurs centaines de dollars de frais bidon qu'on vous a peut-être chargés, ce n'est pas la justice parfaite. Personne ne va se payer un voyage avec ça.
Mais ne crachez pas dessus trop vite, parce que la vraie valeur de ce règlement n'est pas dans le 75 $. Elle est dans ce que ce 75 $ signifie : une industrie qui a dû reconnaître, noir sur blanc, devant un tribunal, que la pratique des frais ajoutés au prix annoncé n'était pas correcte. Un demi-million de chèques symboliques, c'est un demi-million de fois où le système a dit « oui, c'était un problème ».
Le 75 $, c'est le reçu. Le vrai gain, c'est la preuve.
Ce que ça prouve : le problème est systémique, pas anecdotique
Voici le passage le plus important de cet article, alors lisez-le deux fois.
Quand vous vous êtes fait charger des frais « obligatoires » et que vous êtes reparti avec ce doute dans le ventre, on vous a probablement laissé croire que c'était normal, que c'était vous qui chialiez pour rien, que « c'est de même partout dans l'industrie ». Cette petite voix qui vous disait « c'est louche » ? Elle avait raison. Vous n'étiez pas parano. C'était documenté.
Et ce n'est pas qu'une affaire de recours collectif. Remontez à 2018 : une enquête de l'Office de la protection du consommateur (OPC), relayée par Protégez-Vous, a révélé que 47 % des marchands vérifiés au Québec vendaient à un prix plus élevé que le prix annoncé. Presque un sur deux. Pas un cas isolé dans un coin perdu : un sur deux.
Ajoutez à ça un autre fait que l'OPC répète année après année : l'automobile est en tête des plaintes reçues par l'organisme. Pas l'électroménager, pas le voyage, pas les rénos. L'auto. Le secteur où on dépense le plus après la maison est aussi celui où on se fait le plus avoir.
Mettez les morceaux ensemble :
- 474 130 Québécois dans un recours collectif réglé en 2024.
- 47 % des marchands qui dépassaient le prix annoncé en 2018 (OPC, via Protégez-Vous).
- L'auto, #1 des plaintes à l'OPC.
Ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas trois mauvaises journées. C'est un système où les frais cachés font partie du décor, où on compte sur votre fatigue et votre gêne pour ne pas poser de questions. Quand on vous dit qu'on est de votre bord et que les données parlent — c'est exactement de ça qu'on parle. Les données parlent fort.
Ce que ça change pour vous, aujourd'hui
Le recours collectif est réglé. Le 75 $ est ce qu'il est. Mais la pratique, elle, n'a pas disparu d'un coup de baguette magique. Des frais douteux, on vous en présentera encore. La différence, c'est que maintenant vous savez. Et savoir, c'est votre meilleure arme dans ce petit bureau.
Voici comment ne plus jamais repartir avec le doute dans le ventre.
1. Le prix annoncé EST le prix. Point.
Rappelez-vous l'article 224 c). Le prix affiché doit être le prix payable, tout inclus, taxes en sus. Si un véhicule est annoncé à 24 995 $, vous devez pouvoir l'acheter pour 24 995 $ plus les taxes. Pas 24 995 $ + 595 $ de « frais d'administration » + 499 $ de « frais de préparation ». Quand ces lignes apparaissent, vous avez le droit de dire : « Le prix annoncé, c'est le prix tout inclus. Enlevez ça. »
2. Démasquez les frais « obligatoires » qui ne le sont pas
Le mot « obligatoire » est l'outil préféré du vendeur. Certains frais sont réels et légaux (les droits gouvernementaux, par exemple). D'autres sont des marges déguisées en frais administratifs. Le truc, c'est de savoir lesquels sont lesquels — et de ne pas se laisser intimider par le ton détaché du « tout le monde paie ça ». Tout le monde paie ça parce que tout le monde ne pose pas la question.
3. Faites passer le test à votre transaction avant de signer
C'est précisément pour ça qu'on a bâti notre détecteur de frais cachés. Vous entrez le prix annoncé et les frais qu'on vous présente, et l'outil vous dit lesquels sentent mauvais et ce que dit la loi à leur sujet. Pas d'opinion, pas de chicane : juste les données, claires, de votre bord. C'est gratuit, et ça se fait en deux minutes dans le stationnement avant de retourner signer.
Pour creuser : vos droits ne s'arrêtent pas là
Le recours collectif n'est qu'une porte d'entrée vers un sujet plus large : tout l'écosystème de frais et de petites tactiques qui gonflent la facture sans que vous vous en rendiez compte.
- Pour le détail complet de chaque type de frais et comment les contester un par un, lisez notre guide complet sur les frais cachés à l'achat d'une auto.
- Pour comprendre l'arsenal légal qui vous protège — la règle du prix tout inclus, vos recours, qui contacter à l'OPC — voyez notre article vos droits à l'achat d'une auto (LPC).
- Et si on vous a déjà servi le coup du « c'est obligatoire », notre article les frais « obligatoires » qui ne le sont pas décortique les classiques un par un.
Le mot de la fin
474 130 personnes. Un règlement approuvé par un juge en octobre 2024. Une enquête de l'OPC qui montrait, dès 2018, que près d'un marchand sur deux dépassait son propre prix annoncé. L'auto, championne des plaintes au Québec.
Si vous êtes reparti d'un concessionnaire avec l'impression vague qu'on vous avait roulé, ce n'était pas dans votre tête. C'était dans les chiffres. Vous faisiez partie d'un demi-million de personnes qui ont vécu la même scène.
La bonne nouvelle, c'est que la scène n'a plus à se répéter. Vous connaissez la règle maintenant : le prix annoncé est le prix tout inclus. Et la prochaine fois qu'un vendeur sort sa feuille avec ses lignes mystérieuses, vous n'aurez plus le doute dans le ventre. Vous aurez les données. Et les données, elles sont de votre bord.
Sources : Cour supérieure du Québec (règlement octobre 2024, juge Lussier) ; Office de la protection du consommateur ; enquête OPC 2018 relayée par Protégez-Vous ; couverture médiatique dont La Presse. Cet article est informatif et ne constitue pas un avis juridique. Pour une situation précise, communiquez avec l'OPC.
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